CHAPITRE QUINZE

 

Quand vint l’heure de la réunion au « Paradis perdu », Qwilleran eut quelque mal à monter jusqu’au deuxième étage. Bien que son genou allât mieux dans la journée, la douleur revenait avec la tombée de la nuit et il atteignit son but en boitant assez bas.

Les brocanteurs étaient assis en cercle, ce qui lui permit d’examiner leurs pieds. Il dénombra des bottes en velours, une seule paire de bottillons en daim, des bottes d’homme en cuir d’une blancheur immaculée et tout un assortiment de bottes en caoutchouc. Il prit le premier siège vacant et se trouva entre le plâtre de Cluthra et les béquilles de Russel Patch.

— Nous ressemblons à un convoi en route pour Lourdes, remarqua la rouquine, avec un sourire fraternel, que vous est-il arrivé ?

— J’ai été renversé par une avalanche qui tombait d’un toit.

— Je ne me serais pas donné le mal de gravir toutes ces marches, une par une, si je n’avais appris que vous seriez présent.

— Comment s’est passée la séance avec le photographe.

— Votre acolyte est un véritable géant, dit-elle, avec admiration.

— J’espère qu’il n’a rien cassé.

— Seulement un petit pot en faïence.

— On envoie toujours des éléphants dans les magasins de porcelaine, constata Qwilleran.

Il s’efforça d’examiner les semelles des chaussures, autour de lui, mais toutes étaient solidement plantées sur le sol. Il se tourna vers Russel Patch pour demander :

— Vous avez des bottes magnifiques, comment avez-vous réussi à en trouver de blanches ?

— Je les ai fait faire sur mesure, répondit le jeune homme, en soulevant sa jambe valide.

— Même les semelles sont blanches, s’étonna Qwilleran, en jetant un coup d’œil satisfait sur le dessous des bottes. Avez-vous pu récupérer quelque chose à la maison Ellsworth ?

— Non. Les placards de la cuisine avaient été enlevés avant que j’aie pu y aller et rien d’autre ne m’intéressait.

Il ment, pensa Qwilleran, tous ces brocanteurs mentent. Ce sont des comédiens, incapables de démêler la réalité de leur imagination.

— Que pouvez-vous faire avec des placards de cuisine ? demanda-t-il.

— Ceux qui sont vraiment anciens font d’excellents revêtements pour les installations stéréophoniques. Personnellement, j’ai tout un mur tapissé de la sorte, avec un équipement électronique qui m’a coûté près de vingt mille dollars. Il y a trente-six haut-parleurs. Aimez-vous la musique ? J’ai des enregistrements de tout genre, opéra, symphonie, musique de chambre, jazz classique.

— Cela doit représenter un investissement considérable, dit le journaliste, intrigué par la fortune apparente de ce jeune homme.

— Inestimable. Venez, un jour, chez moi. Je vous le montrerai. Je vis au-dessus de ma boutique.

— Êtes-vous propriétaire des murs ?

— Eh bien, pas encore. J’ai commencé par louer, mais j’ai apporté tant d’améliorations que je serai obligé d’acheter.

Vêtue d’une courte jupe écossaise, Mary Duckworth fit son entrée. Elle s’assit sur une chaise de cuisine en paille et croisa ses jambes, découvrant ses genoux fins et racés.

— Grand Dieu ! Elle est venue, chuchota d’une voix sourde la rousse à l’oreille de Qwilleran, ne la laissez pas s’approcher de moi, je vous en prie. Elle serait capable de me casser l’autre pied. Vous savez qu’elle m’a fait tomber, délibérément, une urne en fer forgé sur le métatarse ?

— Mary a fait une chose pareille ?

— Cette femme est capable de tout, dit-elle, entre ses dents. Je voudrais la voir partir de Came-Village. Sa boutique détonne, ici. Ces meubles précieux causent un préjudice sérieux à tout le monde.

Elle fut interrompue par un concert d’applaudissements saluant l’entrée de Ben Nicholas, le chef surmonté d’un tricorne d’amiral. La réunion commença. Sylvia Katzenhide résuma les plans pour la fête du quartier.

— La ville va bloquer la circulation et décorer les deux extrémités de la rue avec des anges en plastique et des guirlandes lumineuses.

— Ne pourrait-on ouvrir le « Bric-à-Brac » ? demanda Qwilleran. Je ne voudrais pas que Mrs. Cobb perdît le bénéfice de cette journée. Je suis volontaire pour tenir moi-même la boutique pendant deux heures.

— Vous êtes un amour, déclara Cluthra, en lui serrant le bras. Mes sœurs et moi seront heureuses de prendre la relève.

Quelqu’un proposa d’envoyer des fleurs à l’enterrement de Cobb et comme on procédait à une collecte, un bruit retentissant se produisit en dessous. C’était un torrent de musique pop émis sur un mode fracassant. Tous se regardèrent avec stupéfaction, pendant quelques secondes, puis tout le monde parla en même temps :

— Que se passe-t-il ?

— On dirait une radio…

— Qui est en bas ?

— Personne !

— D’où cela vient-il ?

— Qui a pu entrer ? La porte est fermée, n’est-ce pas ?

Qwilleran fut le premier à se mettre debout.

— Descendons, dit-il, en décrochant un marteau de forgeron pendu au mur.

Les deux autres hommes présents à la réunion le suivirent. Russ sur ses béquilles et Ben fermant la marche, un tisonnier à la main. Le bruit venait de chez les Cobb. La porte bâillait, mais l’appartement était plongé dans l’obscurité. Qwilleran entra, chercha l’interrupteur et éclaira la pièce.

— Qui est là ? demanda-t-il, avec autorité.

Il n’y eut pas de réponse. La musique provenait du poste à transistor, posé sur le bureau d’apothicaire. Les trois hommes fouillèrent l’appartement.

— Il n’y a personne, constata le journaliste, en fermant la porte.

Les sourcils froncés, il regardait le dessus du bureau. Les papiers étaient en désordre. Il ramassa par terre la note du téléphone, un carnet d’adresses et une petite plume grise. Les trois hommes quittaient les lieux quand les femmes commencèrent à s’aventurer dans l’escalier :

— Pouvons-nous descendre ? Que s’est-il passé ?

— Le poste de radio semble s’être mis en marche tout seul, dit Russ, comment est-ce possible ?

Après le départ des brocanteurs, Ben ayant regagné La Queue du Lion, Qwilleran ouvrit la porte de son appartement et chercha les chats. Il trouva Yom-Yom sur le réfrigérateur, les yeux brillants, les oreilles en alerte. Ses yeux et ses oreilles étaient trop grands pour son petit museau pointu. Koko buvait de l’eau dans son bol, la queue traînant sur le sol, comme toujours, lorsqu’il avait très soif.

— Bravo, Koko, dit Qwilleran, comment t’y es-tu pris ? As-tu fait un pacte avec Mathilda ?

La queue de Koko s’agita légèrement sur le sol, lundis qu’il continuait à boire.

Le journaliste se promena dans son appartement, examinant chaque pièce d’un œil spéculatif. Il savait Koko parfaitement capable de pousser un bouton de radio en appuyant dessus, mais comment cet Houdini félin s’arrangeait-il pour sortir de l’appartement ? Il tira le lit au milieu de la pièce, cherchant un orifice dans la plinthe. Il regarda dans la salle de bains, en quête d’une trappe, mais ne trouva rien. La cuisine comportait une fenêtre coupée dans le mur, pour la ventilation et qui aurait été facilement accessible du haut du réfrigérateur, mais elle était fermée par un loquet.

Le téléphone sonna.

— Bonsoir Qwill, dit Mary Duckworth, avez-vous soigné votre genou ? Vous paraissiez en souffrir ce soir.

— J’ai mis des compresses froides jusqu’à ce que l’enflure disparaisse.

— Ce qu’il vous faudrait, maintenant, c’est une lampe chauffante. Puis-je vous proposer la mienne ?

— Je vous remercie. J’accepte volontiers.

En prévision de la séance avec la lampe chauffante, Qwilleran enfila un short qui avait survécu à une saison de week-ends à la campagne et s’admira, dans le grand miroir du vestiaire, rentrant le ventre, bombant le torse. Il avait toujours pensé que le kilt écossais lui aurait admirablement convenu. Ses jambes étaient droites, solides, musclées, suffisamment velues – juste assez pour paraître viriles – l’enflure de son genou gauche, qui avait porté atteinte à la perfection de sa plastique, avait maintenant disparu.

— Je vais avoir une invitée, dit-il aux chats. Je vous demande à tous deux d’être discrets, pas de concerts bruyants, ni de poursuites éperdues.

Koko ferma les yeux et retroussa sa moustache, avec ce qui ressemblait à un sourire complice. Yom-Yom affectait l’indifférence, en léchant un poil qui s’était hérissé sur sa poitrine. Quand Mary arriva, un panier au bras, Koko la toisa avec une froideur distante.

— Il n’a pas l’air fou de joie, remarqua-t-elle, mais du moins est-il poli, aujourd’hui.

— Il s’habituera à vous, quand il vous aura vue plusieurs fois.

De son panier, elle sortit un gâteau aux fruits confits et une cafetière électrique qu’elle brancha. Puis elle disposa la lampe à infrarouge sur le genou de Qwilleran, avant de prendre place dans le fauteuil à bascule. Aussitôt, l’aspect fruste du fauteuil disparut. Qwilleran se demanda comment il avait pu le trouver peu esthétique, jusqu’alors.

— Avez-vous une idée sur ce qui a pu provoquer tout ce bruit chez les Cobb ? demanda-t-elle.

— Encore une de ces bizarreries qui se produisent dans cette maison. Savez-vous pourquoi Hollis Prantz n’est pas venu à la réunion ?

— La plupart des brocanteurs sont restés chez eux. Us se doutaient, sans doute, qu’il y aurait une collecte pour des fleurs.

— Prantz est venu cet après-midi. Il cherchait de vieux postes de radio que Cobb était censé avoir mis de côté à son intention. Est-ce que cela vous paraît plausible ?

— Mais oui. La plupart des marchands gagnent de l’argent en se vendant des objets entre eux. La lampe n’est-elle pas trop près de votre j ambe ? s’inquiéta-t-elle.

Un sifflement dans la cuisine annonça que le café était prêt. Le bruit effraya Yom-Yom qui partit se cacher, mais Koko décida, aussitôt, d’aller voir de plus près ce qui se passait. Avec un mélange de fierté et d’excuse Qwilleran expliqua :

— Koko est un chat courageux, mais Yom-Yom est craintive. Dans le doute, elle prend la fuite.

— Je n’ai jamais possédé de chats, lui confia Mary, en versant le café, mais je les ai étudiés, pour la grâce de leurs mouvements, au temps où je faisais de la danse.

— Personne ne possède un chat, ce serait plutôt lui qui vous possède. Il consent à partager votre vie sur une base de droits égaux et de respect mutuel… bien que les chats en général, et les siamois en particulier, aient l’art et la manière de s’imposer à vous.

— Certains animaux sont presque humains… goûtez-moi ce gâteau, Qwill.

— Koko a quelque chose de plus que les humains. Il possède un sixième sens qui lui permet d’avoir accès à des informations que les hommes ne pourraient déceler sans de laborieuses recherches, dit Qwilleran, en espérant, au fond de lui-même, que cette affirmation n’était pas sans fondement.

Mary se retourna pour admirer le phénomène. Assis sur son derrière, une patte en l’air, Koko procédait à sa toilette. Il s’interrompit, sa langue rose pointée dans son museau sombre, pour répondre, avec insolence, au regard de la jeune femme. Puis, ayant terminé ses ablutions, il se mit en devoir de faire ses griffes. Sautant sur le lit, il se dressa sur ses pattes de derrière et griffa le mur, là où les pages de livres commençaient à donner des signes de fatigue.

— Assez, descends de là, polisson ! cria Qwilleran.

Koko obéit, mais seulement après avoir terminé et en prenant son temps.

— J’ai eu le tort de lui donner un vieux dictionnaire pour faire ses griffes, expliqua le journaliste, maintenant il s’imagine avoir le droit d’utiliser toutes les pages imprimées, à cette fin. Parfois, je suis convaincu qu’il sait lire. Un jour, il a démasqué une collection de faux tableaux.

— Êtes-vous sérieux ?

Absolument. Au fait, existe-t-il beaucoup de fausses pièces parmi les antiquités ?

— Pas dans ce pays. Un commerçant peu scrupuleux peut vendre une reproduction d’un meuble Chippendale du XIXe siècle pour une pièce du XVIIIe, ou un artiste habile peut peindre, sur une vieille toile, un tableau qu’il baptisera « primitif américain », mais, à ma connaissance, il n’existe pas de faux sur une grande échelle. Aimez-vous ce gâteau ? C’est un de mes amis qui l’a confectionné. Robert Maus.

— L’attorney du district ?

— Le connaissez-vous ? C’est un merveilleux cuisinier.

— N’était-il pas le conseiller d’Andy ? Un personnage bien important pour s’être occupé d’une affaire aussi mince que la succession d’un brocanteur de Came-Village, remarqua Qwilleran.

— Robert est un collectionneur enragé et un de mes bons amis. Il a représenté Andy par pure courtoisie.

— N’a-t-il jamais été intrigué par la nature de l’accident d’Andy ?

— Continuez-vous à entretenir cette idée folle ?

Agacé, il décida de frapper un grand coup. Il était las d’entendre chanter les louanges d’Andy par toutes les femmes de Came-Village.

— Savez-vous que c’est Andy qui a dénoncé Cobb à la police quand celui-ci a récolté une amende ?

— Non et je ne peux croire…

— Pourquoi s’en est-il pris à Cobb et non à Russ ou aux autres ? Avait-il un motif de rancune personnelle contre Cobb ?

— Je ne…

— Il se peut qu’Andy ait menacé Cobb d’ouvrir les yeux d’iris sur ses incartades extraconjugales. Je regrette de le constater, Mary, mais votre ami Andy était un intrigant, ou alors il avait un intérêt personnel dans l’affaire. Il considérait peut-être que C. C. venait chasser sur ses propres terres en rendant visite à Cluthra.

— Ainsi, vous avez aussi découvert cela, murmura Mary, en rougissant.

— Excusez-moi, je ne voulais pas vous embarrasser.

— Je savais qu’Andy voyait Cluthra, dit-elle, en haussant les épaules, c’est la raison de notre querelle, la nuit où il s’est tué. Andy et moi n’étions pas vraiment liés l’un à l’autre… je devenais, sans doute, trop possessive.

— Quand Andy vous a quittée, cette nuit-là, par où est-il passé ?

— Il est descendu par l’escalier de service. Il a traversé l’allée et il est entré dans son magasin par la porte de derrière.

— Combien de temps s’est-il écoulé avant que vous alliez le rejoindre ?

— Oh ! environ une heure, je crois.

— Durant ce laps de temps, les clients avec qui il avait rendez-vous ont pu venir et s’en aller, en ignorant qu’Andy était mort. Avant leur arrivée quelqu’un a très bien pu suivre Andy dans son magasin. Je sais que Russel Patch habite à côté. Qui vit avec lui ?

— Un de ses amis, Stanley. Il est coiffeur.

— Savez-vous d’où Russ tire ses revenus ? Il possède un équipement électronique d’une grande valeur, il a une Jaguar, il porte des vêtements et des chaussures sur mesure…

— Je sais seulement qu’il travaille beaucoup. Je l’entends manier ses outils, jusqu’à trois heures du matin, parfois.

— Je me demande pour quelle raison il m’a menti, ce soir. Il a prétendu ne pas être allé à la maison Ellsworth et pourtant, je jurerais avoir vu l’empreinte de ses bottes, dans le grand salon.

— Les brocanteurs n’aiment pas révéler l’origine de leurs marchandises. Cela va contre les règles de poser des questions à ce sujet et si vous le faites, nul ne se sent tenu de vous dire la vérité.

— Vraiment ? Et qui a décrété les subtilités de cette étiquette ?

— Les mêmes autorités qui donnent aux journalistes le droit de fouiller la vie privée des individus, répliqua Mary, avec un charmant sourire.

— Touché !

Ils se regardèrent, en silence, puis Mary reprit :

— Vous ai-je dit que j’ai retrouvé, au fond d’une poche, un billet de vingt dollars que j’avais ramassé dans l’atelier d’Andy, le soir où…

— Sur les lieux de l’accident ? Vous rendez-vous compte que c’est peut-être un indice important ? Était-il plié ?

— Oui. En long et en deux.

— Andy avait-il l’habitude de plier les billets de cette façon ?

— Non. Il avait un portefeuille. Ses billets n’étaient jamais pliés.

— Koko, veux-tu laisser cette lampe tranquille, dit Qwilleran, en se retournant.

Le chat s’était glissé sous la table et jouait avec le fil d’une lampe en opaline rose. Au même moment, le journaliste ressentit cette impression d’être sur le point de découvrir un fait important et il lissa ses moustaches avec le tuyau de sa pipe.

— Mary, dit-il, qui étaient les clients d’Andy, ce soir-là ?

— Je l’ignore. Il m’a seulement dit qu’une dame de la ville allait revenir avec son mari pour choisir un lustre.

— Mais si Andy était en train de décrocher le lustre, quand il est tombé, cela signifie que les clients l’avaient acheté, comprenez-vous ? Ils devaient donc logiquement être présents, au moment de l’accident. Pourquoi n’ont-ils pas prévenu la police ? Qui étaient-ils ?

— Je pense qu’il vaut mieux que je vous dise tout, soupira Mary. Voyez-vous, je suis allée deux fois voir Andy. La première fois, il y avait quelqu’un avec lui et je me suis retirée, sans rien dire.

— Avez-vous reconnu la personne qui était là ?

— Oui, mais j’ai eu peur d’en parler…

— Qui avez-vous vu, Mary ?

— J’ai vu Andy et C. C. Ils se disputaient. J’ai eu peur que C. C. ne m’ait aperçue. C’est affreux à dire, mais j’ai été soulagée d’apprendre son accident, ce matin.

— Vous a-t-il jamais donné une raison de le craindre ?

— Pas vraiment… mais… c’est alors que ces mystérieux appels téléphoniques ont commencé.

— J’en étais sûr ! dit Qwilleran. J’ai toujours pensé que cet appel téléphonique avait quelque chose de louche, l’autre soir. Combien d’appels avez-vous reçus ?

— Environ un par semaine, toujours la même voix, certainement déguisée. On aurait dit un numéro mélodramatique.

— Que vous disait-on ?

— Des phrases stupides et grandiloquentes, de vagues allusions à la mort d’Andy et des prédictions de danger. Maintenant que C. C. n’est plus là, j’ai l’impression que ces appels vont s’arrêter.

— N’en soyez pas trop convaincue. Il y a eu une troisième personne dans la boutique d’Andy, cette nuit-là. Le possesseur du billet de vingt dollars. C. C. ne pliait pas son argent de cette façon, je m’en suis assuré… Je me demande comment Ben Nicholas plie ses billets…

— Qwill… dit-elle, avec inquiétude, supposez que vous trouviez quelque chose indiquant qu’il y a eu meurtre, vous préviendriez la police, n’est-ce pas ?

— Naturellement.

— Il y aurait une enquête. Comme c’est moi qui ai trouvé le corps, j’aurais à témoigner. Qwill, ce serait la fin de tout pour moi, avoua-t-elle, en se laissant glisser de son fauteuil pour s’agenouiller près de lui. La publicité… mon père… vous savez ce qui se passe… ce sont les journaux que je redoute le plus… Je vous en prie, laissez les choses comme elles sont. Andy n’est plus. Rien ne le ramènera, ne faites pas d’enquête. Qwill, je vous en prie…

Elle lui prit la main, levant vers lui ses grands yeux implorants. Qwilleran se pencha vers elle.

— Mary, je ne puis…

— Je vous en supplie, Qwill, faites cela pour moi, chuchota-t-elle, sa bouche près de la sienne.

Il y eut un moment de silence durant lequel le temps suspendit son vol, puis on entendit :

— Grrrowrre Yaô !

— Pffft…

— Grrrrov… Yaô !

— Koko ! cria Qwilleran.

— Ouaô… ô…

— Yom-Yom ! Assez !

— Grou Yaô… ô… !

— Koko arrête !